LIEUX
DE L’ENSEIGNEMENT TRADITIONNEL
DANS LA MEDINA DE TUNIS
A
la naissance de l’enseignement
en Tunisie suite à la conquête
de la Tunisie berbère par
les musulmans, tous les lieux étaient
bons pour servir cette nouvelle
foi, le premier lieu était
la mosquée ou le Mesjed.
Il y avait également les
Kuttab-s, les Ribat-s, les bibliothèques
privées ou publiques, les
maisons de savants, les boutiques
et les Souks.
Avec
l’évolution politique
et suivant les différentes
époques, certains espaces
vont prendre à leur charge
l’enseignement, d’autres
s’en verront privés.
LE KUTTAB :
Dès
les débuts de l’Islam,
on enseignait la lecture et l’écriture
aux enfants pour apprendre le «Coran»
en entier ou en partie pour qu’ils
soient imprégnés des
écritures saintes.
Ainsi
dès les premières
années de la conquête
musulmane, on avait entrepris l’aménagement
de ces locaux afin que les enfants
des conquérants y trouvent
les conditions favorables à
leur éducation ainsi que
les nouveaux convertis.
Les
enfants des familles riches étaient
confiés à des précepteurs
et recevaient l’enseignement
dans l’enceinte de la demeure
patriarcale. Tandis qu’il
existait d’après Ibn
Sahnoun, des écoles pour
les enfants du peuple dans les quelles
l’enfant apprenait à
lire et écrire (Kuttab).
L’architecture
du Kuttab était simple, il
s’agissait la plupart du temps
d’une pièce plus ou
moins spacieuse et pas trop éclairée.
Le Kuttab s’inscrivait dans
un rectangle ne possédant
à l’intérieur
aucune distinction ornementale.
Avec l’installation des Andalous,
on assistait à l’apparition
d’une certaine décoration
dans ces espaces, grâce à
un revêtement de céramique
visible sur la façade et
au traitement des fenêtres
en sallamat-s (petites ouvertures
jumelées avec un garde –
corps en bois sculpté).
On
note aussi que le Kuttab était
au départ une institution
indépendante située
très souvent loin du lieu
de culte alors qu’à
l’époque turque, il
est très souvent mitoyen
d’un Mesjed, d’une Medersa,
d’une Zawiya. Il pouvait faire
partie de ces espaces comme il pouvait
se développer sur le Sabbat
d’une rue.
LA MEDERSA :
La
Medersa est apparue en Tunisie pendant
le règne Hafside, bien plus
tard après les Medersas d’Orient.
Si
la mosquée remplit plusieurs
fonctions dont l’enseignement,
la Medersa sera créée
pour répondre à un
enseignement unique à tendance
précise.
Elle
est donc au même titre que
la mosquée un édifice
religieux et d’enseignement,
mais dans la Medersa, il s’agit
bien d’une institution qui
prend en charge les « Tullabs
» qui la fréquentent
et parfois leur « Shaïkh
».
La
Medersa fonctionnait comme annexe
à la mosquée et servait
dans certains cas d’institut
de préparation des «Tullabs»
qui y devaient acquérir une
certaine tendance avant d’aller
parfaire leurs connaissances à
la mosquée.
Elle
assurait essentiellement deux fonctions
principales l’hébergement
et l’enseignement qui s’effectuait
dans le « Mesjed » à
l’instar de la mosquée.
Généralement,
les Medersas furent construites
par les princes ou de pieux personnages
qui se dépossédaient
de leur bien en sa faveur.
La
typologie de la Medersa est différente
des autres espaces destinés
à l’enseignement.
Elle
est composée du :
| |
 «
Mesjed » : il s’agit
de l’élément
principal d’une Medersa
dont les limites intérieures
s‘agencent dans un
rectangle ou dans un carré
dessiné par rapport
au mur de la «Qibla».
Lieu de rencontre du «
Shaïkh » et des
« Tullabs »,
il constitue la pièce
la plus grande de l’édifice.
C’est une pièce
hypostyle, à l’instar
des « Mesjeds »
publics dont la hauteur
est bien plus importante
que pour les autres espaces. |
| |
 «
Sahn » ou Patio :
il s’agit également
d’un espace important
dans la composition d’une
Medersa. C’est autour
de lui que s’agencent
les différentes activités.
Sa superficie occupe la
moitié de celle de
toute la Medersa. |
| |
 «
Ghorfas » : cellules
pour les « Tullabs
» : de petites dimensions,
elles présentent
une architecture d’une
grande simplicité,
possédant une porte
d’accès et
la plupart du temps une
petite fenêtre. Elles
ont pour unique aménagement
une « Sidda »
servant de lit. |
| |

La « Midha »
ou espace des ablutions
: les services occupent
généralement
un coin défavorable
de la Medersa pour rattraper
souvent le terrain offrant
des espaces régulières
pour les espaces de représentation
: « Sahn » et
« Mesjed ».
Ils sont le plus souvent
positionnés du coté
de l’entrée. |
Edifices
de grande simplicité, les
Medersas Hafsides ont été
conçues pour des raisons
utilitaires et ne constituent pas
des opérations de grandes
envergures bien qu’elles furent
l’œuvre de princes.
Les
Medersas Hafsides sont des constructions
simples et sévères,
dépourvues d’ornementation
et à part les colonnes en
marbre ou en Khadhel, leur beauté
réside dans leurs compositions
architecturales.
Conçue
pour abriter les étudiants,
la Medersa Hafside ne propose que
des éléments simples
organisés autour d’un
patio central sans façades
de prestige.
Quant
à la medersa Turque, elle
présente les mêmes
éléments de composition
constituant la medersa Hafside :
entrée, skifas, patio, Mesjed,
cellules et latrines.
Cependant
on relève une différence
avec les Medersas Hafsides, c’est
la grandeur du Mesjed qui occupe
dans la Medersa Turque une surface
importante et sera caractérisé
par sa couverture en voûtes
croisées reposant sur des
colonnes. Il s’agit donc d’un
espace hypostyle qui se distingue
par rapport aux autres éléments.
Quant au patio, il s’inscrit
dans une forme régulière
et le Bortal sera utilisé
comme élément de composition.
Un souci de composer les façades
extérieures sur rue voit
le jour.
Avec
les Medersas Turques, on connaît
une architecture de façade
qui fera l’objet d’une
décoration soignée
: des portes monumentales, de grandes
fenêtres encadrées
de moulures et d’encadrements
qui vont prêter à la
façade le caractère
de monument civil.
Les
façades du patio font l’objet
d’une attention portée
jusqu’au moindre détail.
D’autres
éléments permettront
de distinguer la Medersa par rapport
aux autres édifices : le
minaret de la Achouriya, l’association
de la Medersa avec un Kuttab, le
Sabil de la Bachiya ou de Bir Lahjar
(un bassin positionné sous
une fenêtre donnant sur l’extérieur,
alimenté en eau à
l’intention des passants).
La fenêtre qui le contient
fait l’objet d’une décoration
particulière et apparaît
sur la façade avec une allège
très basse.
La
Medersa de cette époque est
traitée en tant qu’édifice
public et sa façade le caractérise
contrairement aux Medersas Hafsides.