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Née il y a treize siècles sur une étroite bande de terre entre les lacs, la médina prit essor autour de la mosquée Ez-zitouna, foyer de prière et d’étude. D’autres mosquées dressèrent leurs minarets et leurs coupoles et les terrasses éblouissantes des maisons et des medersas vinrent s’épauler pour regarder le lac ou les collines saintes et protéger les patios de leurs maisons vouées au secret et au silence, perpétuant de siècle en siècle le plan et la paix des maisons méditerranéenne.
L’histoire de Tunis, c’est bien moins une chronique de généraux, de dictateurs inspirés, de cheikhs arabes ou berbères, de deys renégats et de beys turcs, qu’un beau conte pour architectes : la lente poussée d’une ruche, l’accroissement patient des alvéoles symbiotiques, comme cellules d’un organisme patient. En douze siècles, fort peu de destructions, point de bouleversements vengeurs, d’incendies fanatiques. Les guerres - le plus souvent contre-coups des guerres d’autrui – purent quelques fois arrêter la croissance et les embellissements, pour peu de temps ; après ces pauses, maçons et charpentiers, sculpteurs remontaient au travail.
Leurs ouvrages sont là, presque tous : la Médina, l’une des plus belles de l’Islam a conservé son plan, ses volumes, ses lumières, depuis le 15ème siècle au moins. Et dans cette ville enveloppante en ses murs impalpables (les remparts disparus laissent leur fantôme sur les boulevards), toute promenade devient une aventure, de rues en ruelles, de souks en impasses ; et une découverte non seulement de palais et d’oratoires, mais de la pensée de leurs bâtisseurs.
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