L’ASM reçoit le Prix Aga Khan d’Architecture Islamique 2010 pour le projet de « Revitalisation de l’hypercentre de Tunis »
Créé voilà 30 ans par Son Altesse L’Aga Khan dans le but de promouvoir la culture islamique via une expression architecturale éclectique, Le Prix Aga Khan d’Architecture récompense des ouvrages d’excellence imprégnés de l’esprit des lieux, respectueux des attentes de la communauté locale et novateurs en terme de technologie. Ces ouvrages embrassent des champs aussi variés que la restauration et la valorisation de sites, la réhabilitation de l’habitat social, l’aménagement de paysages ou encore l’architecture contemporaine. Décerné tous les trois ans par un jury indépendant au terme d’un rigoureux processus de sélection, le Prix en est à ce jour à son onzième volet couvrant la période 2008-2010.
C’est ainsi que l’ASM, partenaire privilégiée de la Mairie de Tunis œuvrant depuis sa création en 1967 pour la préservation et la mise en valeur de la Médina, centre historique urbain classé sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis 1979, s’est vu récompensée pour la quatrième fois consécutive par ce prestigieux prix (en 1983, pour le quartier Hafsia, en 1989 pour l’Ecole Primaire Sidi El Aloui et en 1995 pour la reconstruction du quartier Hafsia II) pour ses efforts entrepris en matière de protection et de revalorisation du centre-ville de Tunis, cœur de Tunis et ville nouvelle adjacente à la Médina jalonnée de joyaux architecturaux des XIXème et XXème siècles représentant un patrimoine récent de grand intérêt.
Le jury a salué dans ce projet de revitalisation de l’hypercentre de Tunis la délicate démarche de l’ASM pour venir au secours d’un patrimoine très souvent négligé et considère que « La revitalisation du patrimoine architectural de la fin du XIXème et début du XXème siècle dans le quartier de Bab B’Har, dans l’hypercentre de Tunis, représente une contribution et une source d’inspiration importantes pour la compréhension de l’histoire récente du monde islamique et de l’héritage culturel de l’époque coloniale.
La réussite de l’ASM réside dans la préservation des bâtiments emblématiques et des façades de l’époque, bien souvent négligés et détruits dans d’autres villes musulmanes, et de les utiliser comme catalyseurs pour un programme de régénération économique ambitieux et varié. Outre la création d’un quartier vivant et prospère, le projet a également encouragé une meilleure compréhension, beaucoup plus nuancée, de l’histoire récente de la Tunisie, sans pour autant dissimuler la nature du colonialisme.
La méthode utilisée par l’ASM, une organisation disposant de moyens modestes mais passionnément engagée, pour transférer au projet de revitalisation de l’hypercentre la connaissance technique acquise précédemment lors de la conservation de l’ancienne médina est impressionnante. La communauté locale a été consultée tout au long de la procédure pour garantir que les commerces existants bénéficient de la régénération et assurer la durabilité du processus. Ces objectifs se reflétaient dans le financement novateur du projet et à travers la formation d’artisans locaux pour entreprendre les travaux de restauration.
Sous l’ère coloniale, de nombreux pays musulmans étaient au cœur de l’expérimentation moderniste, souvent initiée par de jeunes architectes européens aux idées radicales. L a sensibilité et l’ambition du projet de revitalisation de l’hypercentre de Tunis montrent comment ces mêmes pays musulmans sont désormais en mesure de jouer un rôle tout aussi novateur et influent dans la conservation de l’héritage moderne. »
Attelée durant sa première décennie d’existence à radiographier la vieille ville sous toutes ses coutures via des études de fond pluridisciplinaires, l’ASM s’oriente au fil des années vers une activité à caractère plus opérationnelle. L’approche stratégique de sauvegarde, d’abord focalisée sur la conservation des édifices anciens pour leur forte valeur historique et architectural, s’oriente ensuite vers la protection d’un patrimoine immobilier et social à fort potentiel socio-économique pour déboucher sur des propositions d'interventions dites intégrées combinant rénovation, réhabilitation urbaine, amélioration des infrastructures et création d'emplois.
C’est ainsi que le champ de protection s’est vu s’élargir à la ville des XIXème et XXème siècles, le devenir de la Médina étant intimement lié à celui de la ville basse implantée sur ses abords et la sauvegarde du centre historique ne pouvant se concevoir hors d’une démarche de planification de l’espace urbain dans lequel elle s’inscrit. Depuis 1990, l’ASM s’est employée à sensibiliser à la nécessité et à l’urgence d’étendre les efforts de protection à la ville nouvelle, cette dernière étant devenue le théâtre de dysfonctionnements aigus et de marginalisation sous les effets conjugués de la vétusté du patrimoine immobilier, de la trame urbaine et des réseaux viaires, d’une tertiairisation anarchique et de difficultés de stationnement.
La requalification de l’avenue Habib Bourguiba et de l’avenue de France, projet municipal de réaménagement de l’espace public principal du centre de Tunis, figure parmi ses principales réalisations. Ce projet, pour lequel l’ASM a effectué les études et le plan d’aménagement, a pour ambition de réhabiliter l’image du centre-ville par l’amélioration de la qualité de vie quotidienne, la préservation de l’environnement et la sauvegarde des bâtiments à intérêt architectural et historique.
Le projet a concerné une opération pilote touchant l’hyper-centre de Tunis, un périmètre partant de la place de la Victoire, l’avenue de France, la place de l’Indépendance, l’avenue Habib Bourguiba et finissant à la place du 7 novembre 1987. Il s’est articulé autour de trois actions prioritaires :
-L’embellissement de l’hyper-centre de Tunis autour d’actions touchant les constructions (embellissement des façades conformément au cahier de charges, restauration et réhabilitation des édifices et immeubles d’habitation) et les espaces publics (élargissement des trottoirs pour en faire une zone principalement piétonne, remplacement du mobilier urbain dégradé, reprise de l’éclairage public) en rapport avec le renforcement des fonctions nobles et prestigieuses qui conviennent au centre.
- La restauration et réhabilitation de monuments publics clés à l’instar du Théâtre Municipal de Tunis (classé Monument Historique National en 1992 et qui a fait l’objet d’une opération de consolidation et de réhabilitation des structures, de ravalement des façades, de restitution et de restauration des différents éléments de décor des espaces intérieurs ainsi que la rénovation des fauteuils et de la tapisserie de la salle de spectacle) ; du Marché Central de Tunis ou « Fondouk El Ghalla » ( important espace de production et d’échange fortement apprécié dont la réhabilitation a impliqué l’adoption d’un aménagement et d’un parti architectural à la fois audacieux et rationnels: un aménagement intérieur plus fonctionnel, optimisant l’utilisation de l’espace, organisant le flux, une reprise des façades et une mise aux normes de ces équipements) ; de l’Ancien Tribunal Administratif édifice historique à grand intérêt architectural. Son architecture occidentale de style classique renforce le caractère institutionnel de l’un des plus prestigieux quartiers de la capitale, restauré en 1999) et du Cinéma Palace ex-Politeama Rossini (dont le remarquable fronton a été restitué en 2002 lors des travaux de restauration initiés par l’ASM : reconstruction de l’arc, haut de 5 mètres et reprise à l’identique des moulures et des médaillons du fronton d’après des documents d’archives).
- La réhabilitation et la restauration d’immeubles insalubres avec une assistance technique (mise à la disposition des propriétaires d’une vingtaine d’immeubles d’une ligne de crédit dans le cadre du projet «Oukalas» d’assainissement de l’habitat insalubre élargi aux bâtiments de Bâb B’har et qui a permis de consolider le bâti et de freiner ainsi un processus de dégradation)
Ce projet a fortement contribué à la renaissance du centre ville et la réconciliation des tunisois avec leur capitale.